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Entretien avec Marie-Claude GERNELLE, Directrice de l’AFTI (Paris)

Le Master Ingénieur d'Affaires en apprentissage : une coopération AFTI - IAE Lyon

Publié le 14 septembre 2009 Mis à jour le 14 juin 2010

Retour sur la coopération de AFTI - IAE Lyon, un an après le lancement à Paris du Master 2 Ingénieur d'Affaires en apprentissage.

[legende-image]1268400572447[/legende-image] Un an après le lancement du Master Ingénieur d'Affaires en apprentissage, Marie-Claude GERNELLE, Groupe Thalès, Directrice de l'AFTI, revient sur le partenariat noué avec l'IAE Lyon dans le cadre de ce programme destiné aux ingénieurs.

Pourriez-vous nous présenter l'AFTI en quelques mots ?

L'AFTI est une association 1901 de huit entreprises sans autre tutelle qu'elles-mêmes, ces huit entreprises étant représentées par leur DRH ou leur direction technique. Celles-ci ont décidé de monter un CFA (Centre de Formation d'Apprentis) qui leur permet d'aménager ou de créer les programmes dont elles ont besoin. En effet, l'AFTI délivre cinq diplômes différents : trois sont des diplômes universitaires (des Masters 2) et deux sont des diplômes que nous avons conçus nous-mêmes, qui sont habilités par la CNCP, l'un de niveau 1 et l'autre de niveau 2.

L'AFTI a été créé en 1991, à un moment de pénurie d'ingénieurs sur le marché. C'est d'ailleurs aujourd'hui toujours le cas, il y a toujours pénurie sur certaines compétences.

Pénurie sur certaines compétences, c'est-à-dire ?

Ce que nous délivrons aujourd'hui, ce sont des compétences informatiques du logiciel embarqué pour lesquelles les Ecoles d'ingénieurs et les Universités forment, mais de manière théorique, pas directement sur le métier. Or c'est cela qui manque. Avec l'Université de Lyon, on vient de monter quelque chose qui n'existe pas ailleurs par apprentissage, c'est la vente complexe en B to B. C'était une demande des entreprises. A côté de ça, nous avons beaucoup de demandes sur le réseau et la sécurité - sécurité des réseaux et sécurité des contenus.

Finalement, ce sont des niches avec une préférence de toutes ces entreprises pour que nous recherchions des BAC +5 diplômés auxquels on donne cette formation en plus. Nous ne sommes pas une école d'application mais nous recrutons des jeunes avec un BAC +5 en poche.  

Vous préférez accueillir des étudiants de formation d'ingénieur, pour leur apporter un complément de formation ou pas forcément ?

Je dirais que ce sont moitié des ingénieurs, moitié des Masters 2... Masters 2 professionnels qui ne sont pas adaptés au marché de l'emploi, parce que malheureusement c'est le cas, et qui ont besoin d'un complément de formation qu'ils trouvent chez nous.

Et ces huit  entreprises fondatrices, pouvez-vous me les nommer ?

Thalès, Alcatel, France Telecom, SFR, Osiatis, Renault, Athos Origines et MBDA (partie missile de EADS), mais ce n'est pas fermé, nous allons en accueillir d'autres. Ce sont de grands groupes, mais ces huit entreprises ne représentent que 40% environ des apprentis, 60% étant recrutés par d'autres entreprises que j'appelle des entreprises partenaires ou clientes. C'est un processus qui est extrêmement ouvert.

Avez-vous d'autres financements que la taxe d'apprentissage ?

Oui, nous avons un financement de la Région Ile-de-France, qui représente  15% de notre budget, 85% du budget étant assuré par la taxe d'apprentissage, ce qui est exceptionnel. Nous avons la chance d'avoir à la base huit entreprises, conseillères et payeurs,  c'est-à-dire qu'elles recrutent et donnent des conseils sur l'évolution des programmes et de compétences. Par conséquent elles recrutent beaucoup et très régulièrement. Donc il y a un indice de qualité. Ce n'est pas un miracle si elles financent beaucoup, c'est parce qu'elles sont à l'origine du besoin, et très satisfaites du résultat. C'est un cercle vertueux en quelque sorte.

Et donc des diplômés qui correspondent parfaitement aux besoins...

Et ce sont les entreprises leaders du métier. Ces métiers sont des niches : le métier de ventes complexe en entreprise high-tech, il y a peu d'entreprises qui en font. Les ventes complexes étant souvent des ventes à des gouvernements ou des concessions, tout le système très complexe de ces ventes - de système d'armes ou de système de communication - nécessite une réelle expertise. Il est donc normal, puisque nous formons sur ces métiers à niche, que nous ayons la satisfaction de nos clients.

Pouvez-vous me parler de l'historique de la coopération entre l'AFTI et l'IAE Lyon ? Pourquoi avec choisi l'IAE Lyon ? D'où est parti le projet et pourquoi plus spécifiquement le Master Marketing et Vente B to B ?

Le projet est venu des entreprises, à l'occasion d'une étude prospective que nous réalisons tous les 2-3 ans sur l'évolution des compétences : « quels sont les métiers dans vos entreprises, Messieurs les DRH, Directeurs Techniques, où vous sentez qu'il faudrait accueillir des jeunes, et pour lesquels vous avez des maîtres d'apprentissage, parce que vous sentez que vous êtes en manque ? » Et parmi huit autres pistes proposées, il y avait les métiers de la vente complexe puisque, aujourd'hui, les entreprises faisaient le constat qu'elles avaient plutôt des personnes « quinquas-sextas » qui allaient, d'une part, partir à la retraite, et d'autre part, qui étaient sur des techniques un peu à l'ancienne du commerce, qui ne s'intéressaient qu'aux très gros contrats et qui n'avaient pas la souplesse pour s'adresser à des petits contrats, avec des petits cycles de ventes courtes. Donc elles se sont dit qu'elles avaient besoin de jeunes qui les boostent et apportent de la fraîcheur. Elles ont donc nommé plusieurs métiers, dont la vente, la vente commerciale de systèmes. On m'a ainsi demandé de chercher. J'ai cherché bien sûr d'abord en région Parisienne, et j'ai trouvé une ou deux formations qui correspondaient, mais l'accord ne s'est pas fait. J'ai donc donné un constat négatif et j'ai demandé l'autorisation à la Région Ile-de-France d'aller chercher en dehors de la région. Je suis tombée sur l'IAE Lyon très vite en pianotant sur internet. Je ne vous connaissais pas.

Quel est le positionnement du Master Ingénieur d'Affaires par rapport à votre offre globale de formations à l'AFTI ? Vous l'avez évoqué tout à l'heure, vous travaillez surtout sur la sécurité des réseaux...

On forme surtout sur la technique et l'informatique, c'est notre première formation à vocation commerciale, et c'est une volonté de voir nos entreprises évoluer. La production, la technique, la R&D, c'est essentiel ; mais vendre cette R&D, c'est aussi essentiel. C'est une évolution culturelle.

Après une année de coopération entre l'IAE Lyon et l'AFTI, quel est votre bilan ?

Nous avons obtenu très vite l'adhésion des entreprises. Le cahier des charges était de vouloir des ingénieurs pour faire ce métier, avec une double compétence, et non des commerciaux issus d'une école de commerce. L'intelligence de l'IAE Lyon a été d'accepter de faire la formation en un an au lieu de deux et de proposer un cursus totalement nouveau, qui a marché du premier coup : Nous avons reconduit la deuxième année comme la première année avec seulement trois aménagements, ce qui est rare ! On a visé juste dès le premier coup, c'était très bien.

Où les cours se déroulent-ils ?

Chez nous, à Orsay, sur ce qui va être le campus Saclay. Nous sommes entre Polytechnique et Supelec, exactement à mi-chemin entre les deux.

Qu'en est-il du placement de vos étudiants à l'issue de cette première année de fonctionnement, la promotion sortante ?

Ils ne sont que 12 pour cette première année, car il faut avouer que nous avons signé la convention avec l'IAE Lyon en juin pour une ouverture du programme en octobre, ça a été très dur. Sur les 12, aujourd'hui il y en a 10 qui sont formellement en CDI dans leur entreprise. Concernant les deux autres, on sait que l'entreprise ne les prendra pas, non pour des raisons de compétences mais pour des raisons d'ouverture de poste.

10 sur 12 alors que la période actuelle est difficile et que les étudiants n'ont pas encore obtenu leur diplôme car ils sont en train de soutenir leur mémoire...

Oui, mais pour les entreprises, le diplôme est important mais relativement accessoire... Ce qui est important dans l'apprentissage c'est une période de pré-embauche. Il s'agit d'un an d'observation. Ils ont été mis sur des vrais projets, contributifs à la valeur ajoutée de leur service. Je dirais que ce contrat CDI est plus dû à ce qu'ils ont apporté par leur comportement et par leur valeur ajoutée grâce à ce qu'ils ont appris, plus que le diplôme en tant que tel, qui pour l'entreprise, va de soi.

Sous quelle forme se déroule l'alternance ?

Les étudiants débutent en octobre-novembre par 2 mois en formation chez nous, et poursuivent ensuite une alternance de 3 semaines en entreprise et 1 semaine de formation. C'est un bon compromis. Ce format convient aux entreprises puisqu'il a été défini au préalable avec elles.

Combien de dossiers de candidatures avez-vous reçu pour la première et la deuxième promotion ?

Compte-tenu des délais très courts et du calendrier, nous n'avons eu que 18 dossiers pour le démarrage de la formation, pour au final une promotion de 12 étudiants. 39 dossiers ont été sélectionnés pour la deuxième année, pour arriver à une promo de 24 étudiants.

Pour conclure ?

Nous avons noué des partenariats avec des universités parisiennes (Versailles et Paris VI). Pour moi qui suis issue de l'entreprise et qui suis salariée d'entreprise, déléguée à la direction de ce centre, je trouve extrêmement symbolique et intéressant que ce soit par l'apprentissage que l'on soit en relation avec les universités. Je crois que l'apprentissage est une révélation pour les deux parties. C'est pour les universités une ouverture sur le monde de l'entreprise, et pour l'entreprise une adaptation aux concepts théoriques. Au fond, les entreprises réfléchissent en se disant « je ne recrute pas pour les compétences d'aujourd'hui mais aussi pour les compétences de demain donc je recrute une capacité à s'adapter ». Et ça, c'est le rôle de l'université : former des personnes adaptables. Donc je dirais que c'est un exemple de plus que l'apprentissage, non seulement rend service aux jeunes en leur offrant une véritable première expérience professionnelle, mais rend aussi service à l'université et à l'entreprise. Propos recueillis par Catherine Parmentier, Responsable Communication - IAE Lyon. > Le Master Ingénieur d'Affaires (site de l'AFTI)

[legende-image]1268400572453[/legende-image] M. Brune, Co-Responsable du Master, Jérôme Rive, Directeur de l'IAE Lyon, Marie-Claude Gernelle, Directrice de l'AFTI et Anass Nidam, Co-Responsable du Master.