• Formation,
  • Éthique et Développement durable,
  • Pédagogie,

Management et Humanités : comment le Master RH décloisonne les univers

Publié le 6 janvier 2017 Mis à jour le 26 avril 2017

Depuis la rentrée 2016, l’iaelyon a fait le choix de développer dans ses parcours de Master 2 des modules dédiés aux Humanités. Une invitation à l’ouverture sur les mondes, au décloisonnement, parfaitement illustrée avec le Master Management des Ressources Humaines et Organisation, sur le fond comme sur la forme. Premier retour d’expérience avec Christophe Falcoz, co-responsable pédagogique.

[legende-image]1290696748325[/legende-image]En quoi l’ouverture aux Humanités représente une opportunité pour les étudiant-e-s ?

Christophe Falcoz : le module Management & Humanités permet, en brassant les disciplines, de développer le jugement critique, la culture générale et la posture citoyenne des étudiants. J’ai fait le choix de prendre uniquement des intervenants non-gestionnaires. Les 23 heures sont donc exclusivement consacrées à d’autres points de vue disciplinaires et font intervenir des personnes qui ont d’autres expériences que celles des enseignants « classiques » d’un master en management. Le module introduit de la différence, avec l’apport de points de vue nouveaux sur les objets étudiés et une approche pédagogique différente qui bouscule les étudiants dans leurs habitudes. Cela permet d’être dans une démarche « think out of the box » qui résonne au sein du « Think Large » porté par l’iaelyon.  

Le but est néanmoins  de rester connecté aux préoccupations des étudiants avec des thématiques connexes à celles du Master. Le module est l’occasion d’aborder des sujets émergeants, d’actualité, avec la possibilité de changer d’intervenants chaque année. Par exemple, je songe déjà pour l’an prochain à aborder la question de la gestion de la menace terroriste en entreprise.
 

Concrètement, comment le module a-t-il été déployé cette année dans le Master Management des Ressources Humaines et Organisation ? 

Cette année, cinq intervenants ont abordé cinq sujets différents pendant quatre heures chacun : la laïcité dans la fonction publique (Brigitte Berthet, Direction de l’Education, Responsable du service aux écoles, Ville de Lyon), la direction d’équipes (Philippe Forget, chef d’orchestre et compositeur), la place de l’art dans la formation au management et la représentation du pouvoir et des leaders à travers la peinture historique (session que j’ai animée, en leur faisant vivre une visite virtuelle du Louvre), le développement durable et la RSE sous l’angle philosophie (Jean-Philippe Pierron, professeur à la Faculté de Philosophie - Université Jean Moulin) et enfin Bien-être, Santé au travail et pleine conscience (Dominique Steiler, ‎Titulaire de la chaire ‘Mindfulness, Bien-être au Travail et Paix Economique’ à Grenoble Ecole de Management).

Il y a eu de très beaux moments, je pense à Philippe Forget, avec son parcours atypique, puisqu’il est issu d’une famille où il n’y avait pas de musiciens et qu’il n’a pas fait le conservatoire, ce qui a sidéré les étudiants. Cela a permis de faire passer de très beaux messages sur la notion d’oser, de réussir en sortant des sentiers battus, de saisir les opportunités et d’écouter les conseils bienveillants, que Philippe Forget illustre par cette phrase : « il faut être en capacité d’entendre les personnes qui vous donnent des autorisations à faire ce qui paraît a priori inaccessible ».  

Dominique Steiler a également un parcours étonnant. Ancien pilote de chasse qui après l’Armée a fait une thèse en management aux Etats-Unis et pratique la méditation. Nous avons pu aborder avec lui l’approche ‘pleine conscience’ qui est une thématique émergente aujourd’hui dans les entreprises.

[legende-image]1290696748326[/legende-image]


Comment a été organisée l’évaluation des étudiants à l’issue de ce module ?

Il y a eu tout d’abord une évaluation collective. Les 26 étudiants ont été répartis en cinq groupes pour produire une synthèse écrite de chacune des interventions afin d’un extraire les éléments qui leur seront utiles dans leur future vie professionnelle. 
L’évaluation individuelle était basée sur une démarche créative. Les étudiants étaient invités à venir avec un prototype d’objet illustrant une des interventions et qui devait être finalisé en classe au cours des trois dernières heures du module. Ils devaient également rédiger un texte d’une page accompagnant l’objet.  Ils n’ont reçu aucune consigne préalable, ni sur la nature de l’objet, qui pouvait être une vidéo, une performance, une installation, une application mobile… ni sur la forme du texte d’accompagnement. 

Certains étudiants ont produits des créations très métaphoriques, d’autres plus illustratives. Certaines pourraient donner lieu à des applications pratiques commercialisables et donc déboucher sur des projets entrepreneuriaux. Je pense par exemple à une solution technologique pour gérer le bruit au sein des ‘open space’. Tous les travaux des étudiants ont été exposés afin que les enseignants-chercheurs du Master puissent participer à l’évaluation.


[legende-image]1290696748327[/legende-image]


Quel bilan faites-vous de cette première édition ? En quoi ce choix pédagogique a été innovant ? Quel a été le retour des étudiants ?  

Nous réunissons les étudiants tous les deux mois pour faire une évaluation des cours et avoir leur retour autour d’une discussion. Ils ont adoré le module Management & Humanités et cela ce perçoit dans la qualité et le niveau des productions. Certaines créations les plus abouties représentent une centaine d’heure de travail, ce qui signifie qu’ils se sont énormément investis. Il y a de la créativité, une réflexion personnelle et chez certains une incursion dans la sphère intime qui indique que certains sujets les ont touchés. Les thématiques abordées, au-delà de l’impact intellectuel, ont eu un impact personnel, émotionnel, voire identitaire.

Par ailleurs, on perçoit bien l’intérêt de la mobilisation de l’art dans les formations. Cela permet d’enclencher d’autres dimensions que la dimension cognitive, des dimensions qui touchent à l’esthétique et à l’émotion. De plus en plus de recherches sur cette question montrent que l’apport émotionnel et créatif est un excellent moyen pour assimiler durablement les connaissances et les lier intimement à la posture professionnelle.  Les étudiants ont également apprécié le format, avec une pédagogie et une évaluation différentes, avec des intervenants variés, sur des sujets d’actualité.  Une expérience très concluante donc, qui se poursuivra l’an prochain.    

Le détail du module 
Le Master Management des Ressources Humaines et Organisation